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		<journal-title xml:lang="en">T&#x26;I REVIEW</journal-title>
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		<issn pub-type="ppub">2233-9221</issn>
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		<publisher-name xml:lang="ko">이화여자대학교 통역번역연구소</publisher-name>
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		<article-id pub-id-type="publisher-id">tnirvw_2019_09_1_7</article-id>
		<article-id pub-id-type="doi">10.22962/tnirvw.2019.9..001</article-id>
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				<subject>Research Article</subject>
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			<article-title>Acceptabilité de la traduction des néologismes chinois en langue française : Étude comparée de quatre méthodes de traduction<xref ref-type="fn" rid="fb001"><sup>1)</sup></xref></article-title>
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				<trans-title>Acceptability of the Translation of Chinese Neologisms into French: Comparative Study of Four Methods of Translation</trans-title>
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			<copyright-statement>&#x00A9; 2019 by ERITS All rights reserved. Published by Ewha Reseach Institute for Translation Studies</copyright-statement>
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		<abstract xml:lang="en">
<p><italic>The Chinese neologism in the field of social and cultural life reflects the continual evolution of contemporary Chinese society. In order to communicate to the French-speaking countries and regions in the world the most recent Chinese concepts expressed in the form of neologisms in their native language, a distinctive French translation is indispensable. Translation methods adopted to do this and the acceptability of the proposed translation, evaluated by the French-speaking native speakers, are at the center of this work. Based on 100 Chinese social and cultural neologisms and their translations into French, extracted from the international translation project, "The key words about China", we have studied four methods of translation: literal translation, free translation, translation to French help of the third language and transliteration. Using a questionnaire, we evaluated with 21 native French speakers the acceptability of the proposed translations from a global, syntactical and lexical point of view. Analysis of the data collected shows that literally translated neologisms are the most accepted. On the contrary, those translated using Chinese phonetic transcription (transliteration) are considered the least acceptable. In addition, the survey also reveals that the ease of understanding of the translation has a great influence on the acceptability of the translation, under different aspects, this influence manifesting itself especially in the transliteration and in the translation with the help of the third language. Finally, at the end of this study, we provide some tips for improving the acceptability of translation</italic>.</p>
		</abstract>
		<kwd-group kwd-group-type="author" xml:lang="en">
			<kwd><bold>French translation of Chinese neologism</bold></kwd>
			<kwd><bold>Chinese neologism of social and cultural life</bold></kwd>
			<kwd><bold>methods of translation</bold></kwd>
			<kwd><bold>acceptability of translation</bold></kwd>
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<sec id="sec001" sec-type="intro">
	<title>1. Introduction</title>
<p>Depuis douze années consécutives, le ministère de l’Éducation en Chine publie un rapport annuel<xref ref-type="fn" rid="fb002"><sup>2)</sup></xref> consacré à l’état de la langue chinoise au niveau national. Cette publication relève les nombreux néologismes auxquels recourt le chinois afin de traduire l’apparition de nouveaux concepts. Parmi ces néologismes, certains reflètent l’évolution de la vie sociale et culturelle en Chine, alors que d’autres sont liés au développement économique ou politique. Les communications entre les Chinois et les étrangers de plus en plus fréquentes expliquent la nécessité croissante de la traduction en langues étrangères des néologismes chinois. Dans ce cadre, le projet « Les mots clés sur la Chine », présent sur internet et destiné à la communauté internationale a pour objectif de traduire, en plusieurs langues, les principaux termes chinois liés au développement de la Chine actuelle<xref ref-type="fn" rid="fb003"><sup>3)</sup></xref>.</p>
<p>À ce jour, les traductions proposées sont effectuées en 14 langues étrangères, dont le français. Par ailleurs, il est à noter que le projet est réalisé par différents groupes d’experts, comme nous le verrons, ce qui devrait garantir la qualité du travail effectué.</p>
<p>Si le nombre des langues étrangères concernées par ce projet innovant est élevé, il reste cependant limité par le nombre d’études disponibles portant sur la traduction des néologismes chinois dans chaque langue. En effet, les ressources documentaires concernent en majorité l’étude de la traduction des néologismes chinois en anglais. À l’inverse, les méthodes et l’acceptabilité de traduction du chinois en français étant encore à peine connues, les recherches d’amélioration dans la traduction des néologismes chinois en français sont relativement freinées.</p>
<p>En tenant compte de cette lacune, la présente étude vise à analyser les méthodes et l’acceptabilité de traduction des néologismes chinois en français. Les néologismes que nous étudierons relèvent de la catégorie « vie sociale et culturelle » (nous nousy référerons dans la suite de cet article par l’acronyme N.C.V.S.C.). En matière de vie sociale et culturelle, le néologisme chinois traduit l’évolution constante de la société chinoise d’aujourd’hui. Afin de communiquer aux locuteurs francophones les principales notions et valeurs chinoises contemporaines dans ce domaine, la traduction des néologismes s’avère indispensable.</p>
</sec>
<sec id="sec002">
<title>2. Construction du corpus</title>
<p>Dans la présente étude, les néologismes chinois et leur traduction en français sont issus du projet « Les mots clés sur la Chine », présenté en introduction. Ce projet, mis en œuvre depuis 2014 par l’Association des traducteurs de Chine et le Centre d’études sur la communication avec l’extérieur, offre un ensemble de traductions idéal pour une étude telle que la nôtre. Tout d’abord, les néologismes étudiés dans le cadre de ce projet correspondent en effet à des notions clés, d’émergence récente, reflétant des phénomènes sociaux importants en Chine. Par ailleurs, leurs traductions en langue française, rédigées et révisées par des experts en communication, linguistique et traduction, sont de qualité satisfaisante pour notre recherche du point de vue de la validité et de la fiabilité.</p>
<p>Afin de constituer un corpus adapté dans le domaine de la vie sociale et culturelle (N.C.V.S.C.) nous avons procédé en deux étapes. Premièrement, ils’agissait de sélectionner l’ensemble des néologismes de la vie sociale et culturelle parmi l’ensemble des mots figurant dans les 28 listes<xref ref-type="fn" rid="fb004"><sup>4)</sup></xref> de néologismes traduits publiées par le projet ; deuxièmement, il nous fallait répartir ces néologismes en différents domaines : éducation, immobilier, tourisme, mode de vie, internet, etc. Nous avons ensuite sélectionné 100 néologismes parmi ces domaines afin de constituer le corpus propre à notre étude. Il est à noter que les termes techniques et les noms propres ont été exclus, étant donné leur fréquence d’utilisation relativement faible dans la communication en général.</p>
</sec>
<sec id="sec003">
<title>3. Les méthodes principales de la traduction du chinois en français</title>
<p>De manière générale, la littérature distingue trois principales méthodes de traduction en anglais : la traduction littérale, la traduction libre et la translittération. <xref ref-type="bibr" rid="B003">Wen Dong (2014 :153-154)</xref> y a ajouté une quatrième technique : la « retraduction ». En nous inspirant de cette dernière méthode, nous avons identifié parmi des traductions en français des N.C.V.S.C. une autre méthode de traduction : la traduction à l’aide de la langue tierce (ci-après reprise par l’abréviation TAALT). Dès lors, nous nous appuierons dans la présente étude sur les quatre méthodes de traduction suivantes :</p>
<p>- la traduction littérale,</p>
<p>- la traduction libre,</p>
<p>- la traduction à l’aide de la langue tierce (TAALT),</p>
<p>et la translittération.</p>
<sec id="sec003-1">
<title><italic>3.1. Traduction littérale</italic>　</title>
<p>Traduction littérale, traduction mot à mot, traduction fidèle et traduction sémantique ont été définies comme un même type de méthode de traduction par Peter Newmark dans son ouvrage A Textbook of Translation. Leur caractéristique commune se trouve en effet dans la reproduction du sens du texte original sur la base d’une unité fixe de traduction (<xref ref-type="bibr" rid="B004">Fang, 2012 :16</xref>). De plus, Mu Shixiong a souligné que la traduction littérale se distinguait de la traduction mot à mot par sa structure syntaxique, pouvant être modifiée par rapport au texte original (<xref ref-type="bibr" rid="B010">Mu, 2003 :57</xref>). Au-delà des variations de structure syntaxique, <xref ref-type="bibr" rid="B005">Geng (2008 :99)</xref> indique par ailleurs que :</p>
<p>　</p>
<p>　　　<italic>Dans la traduction littérale, on garde le contenu mais aussi la forme du texte original, c’est-à-dire ses métaphores, ses figures, ainsi que ses caractéristiques ethniques et régionales. Et tout en restituant le sens, on essaie, autant que faire se peut, de respecter la forme et la structure syntaxique du texte original.</italic></p>
<p>　</p>
<p>On peut voir dans cette définition de la traduction littérale que le maintien de la structure syntaxique du texte original n’est pas obligatoire. Compte tenu des définitions, nous pouvons penser que si une traduction garde le contenu et la forme du texte original, elle est considérée comme une traduction littérale, et ce malgré le changement de structure syntaxique. En adoptant cette définition, nous avons sélectionné dans le corpus des néologismes ayant fait l’objet d’une traduction littérale. L’analyse de cette sélection nous a permis de conclure que la traduction littérale présente les particularités suivantes.</p>
<p>Premièrement, la traduction littérale est souvent utilisée lorsque le sens littéral des néologismes traduits est compréhensible, c’est-à-dire que nous pouvons déduire leur sens sémantique de leur sens littéral. Prenons deux exemples : le syntagme « 全民健身» dont la traduction littérale est : « pratique d’exercices physiques par tous », et l’expression « 团购», littéralement traduite par : « (faire des) achats groupés ». Dans ces exemples, la traduction littérale est suffisante pour connaître le sens sémantique, car leur dénotation est pratiquement substituable à leur sens sémantique. Ici, la dénotation fait référence à ce que le mot peut signifier ou indiquer de façon objective, alors que le sens sémantique correspond au sens de ce mot de manière plus large (<xref ref-type="bibr" rid="B006">Gu, 1987 : 88</xref>). En outre, la traduction littérale des néologismes de ce type est souvent similaire à l’explication qu’en donne le dictionnaire, ce qui est le cas du néologisme « 团购», dont l’explication, fournie par le dictionnaire, est aussi « (faire des) achats groupés »<xref ref-type="fn" rid="fb005"><sup>5)</sup></xref>.</p>
<p>Deuxièmement, certains néologismes, malgré l’absence d’un sens littéral équivalent au sens sémantique, peuvent être traduits de manière littérale du fait de leur popularité à l’échelle internationale et de leurs connotations communes dans les cultures chinoise et française. Le néologisme « 虎妈», dont la traduction est « mère tigre », est typique de ce type de néologismes. Créé par Amy Lynn Chua, professeure à l’université de Yale d’origine chinoise, sa version originale en anglais est « tiger mother ». Du point de vue du sens littéral, il donne l’impression d’avoir surtout le sens de « tigresse ». En fait, ce néologisme signifie plutôt l’idée de « mère qui est si stricte et exigeante envers son enfant qu’elle est assimilée à un tigre ». Cependant, la traduction la plus fréquente de ce néologisme est effectuée sous forme littérale, d’une part parce que ce néologisme et sa traduction en anglais ont été largement diffusés, et d’autre part parce que le mot « tigre » suscite la même impression chez les locuteurs des langues chinoise et française. Du fait de ces conditions favorables, la traduction littérale est donc adéquate et permet aux traducteurs de maintenir une certaine fidélité à la langue d’origine tout en conservant le caractère expressif du néologisme d’origine.</p>
<p>Troisièmement, nous remarquons que certains types de traduction littérale utilisent les guillemets afin d’indiquer que l’expression traduite s’écarte du sens littéral. Nous pouvons trouver ce phénomène dans les mots qui ont acquis de nouveaux sens figurés, comme le néologisme «充电» dont la traduction littérale proposée est « recharger les batteries ». L’utilisation des guillemets dans la traduction du néologisme a pour objectif de conduire les lecteurs à interpréter « recharger les batteries » au sens figuré de « se perfectionner ». Citons un autre exemple pour aller plus loin : le néologisme « 红色旅游线路» dont la traduction littérale proposée est « circuits ‘‘rouges’’ ». De même, dans cette traduction, le traducteur veut créer une liaison entre « circuits ‘‘rouges’’» et son sens figuré, « circuit touristique pour la visite des lieux de la Révolution chinoise ».</p>
</sec>
<sec id="sec003-2">
<title><italic>3.2. Traduction libre</italic>　</title>
<p>D’après <xref ref-type="bibr" rid="B009">Lu (2008 :122-123)</xref>, la traduction libre s’attache seulement à « l’expression du sens principal et du sens approximatif du texte original » mais il précise « [qu’]il n’est pas obligatoire de conserver [à la traduction] sa forme [d’origine] dans une traduction libre. ». Geng Xiaochao partage l’idée que la traduction libre autorise le changement de la forme utilisée, c’est-à-dire la modification d’expressions, telles que les métaphores, utilisées dans le texte original. Selon lui, dans certains cas, cela permet de « rendre le texte traduit compatible avec [les] règles de la langue d’arrivée ». Par ailleurs, <xref ref-type="bibr" rid="B005">Geng (2008 :99)</xref> a également mentionné la fonction explicative de ce type de traduction, qu’on peut définir comme « le sens exprimé par une langue […] expliqué en une autre langue. ». Plus précisément, il nous semble que la fonction explicative, selon lui, permet d’inclure le sens figuré ou certains sous-entendus des mots d’origine dans la traduction. Lorsqu’un néologisme chinois a un sens littéral éloigné de son sens figuré ou sémantique, la traduction libre s’emploie afin de compléter les informations manquantes ou implicites dans le sens littéral. Notons que c’est par l’emploi réitératif de ce type de néologismes que nous parvenons à associer leur sens littéral à leur sens sémantique. En conséquence, si un emploi similaire n’existe pas chez les locuteurs natifs de langue française, le sens littéral ne permet pas d’évoquer le sens sémantique. Pour exemple, considérons le néologisme « 脑洞大开 ». Nous pouvons traduire son sens littéral par la phrase : « un trou du cerveaus’ouvre largement », mais son sens sémantique est : « être plein d’imagination ». Le lien à établir entre ces deux sens est le suivant : une large ouverture dans le cerveau nécessite beaucoup d’imagination pour le remplir. En l’absence d’explication et sans exemples fréquents d’utilisation, la traduction du sens littéral ne permettrait pas de comprendre le sens sémantique d’une traduction littérale. Dans ce cas, la différence importante entre le sens littéral et sémantique du néologisme conduit à employer plutôt la traduction libre, comme le confirme la traduction retenue dans le corpus d’étude : « faire preuve d’imagination » ou « avoir plein d’idées lumineuses. » Bien que ces propositions de traduction ne comportent aucune correspondance en français avec les mots utilisés dans le texte chinois original, elles réussissent néanmoins à traduire le sens sémantique. Jean Delisle a bien expliqué la raison de l’emploi de ce type de traduction libre : « Si l’on s’éloigne de la formulation originale, c’est pour se rapprocher du sens et respecter le plus possible les propriétés idiomatiques de la langue d’arrivée, de même que les fonctions des textes ». Dans ces conditions, précise-t-il, le « non-équivalent en langue peut devenir équivalent en discours. » (<xref ref-type="bibr" rid="B002">Delisle, 2003 :196</xref>).</p>
<p>Par ailleurs, la traduction libre permet d’éviter certaines redondances dans les néologismes composés de quatre caractères chinois. Lors de l’invention d’un néologisme en langue chinoise, sa présentation sous la forme de quatre caractères rend en effet celui-ci plus facile à prononcer et à retenir. De plus, la répétition de certains caractères à l’intérieur du néologisme créé dans la langue chinoise favorise la mémorisation de celui-ci. Le néologisme « 囤房捂盘» par exemple, est composé de deux segments différents, « 囤房» et « 捂盘», adjoints afin de constituer une série de quatre caractères, alors qu’ils ont un sens sémantique équivalent, celui de « stockage des immeubles ». La langue française au contraire préfère éviter les répétitions. Par conséquent, ce néologisme est traduit par l’expression « gel de la vente de la propriété immobilière à des fins spéculatives », ce qui permet à la fois de réduire la redondance et d’expliciter l’information sous-jacente.</p>
<p>En plus des deux cas mentionnés ci-dessus, la traduction libre peut également être utilisée dans le cas des néologismes pour lesquels une expression équivalente existe dans la langue française. Certains concepts dénotés par les N.C.V.S.C. sont partagés chez les locuteurs de langue chinoise et ceux de langue française, et sont exprimés de façon particulière en français. Par exemple, le néologisme chinois « 啃老族», signifiant « les gens qui sont capables de travailler mais vivent aux dépens de leurs parents », peut être traduit par « “tanguy” » dans la mesure où ce seul prénom, depuis la sortie en France du film Tanguy, peut dénoter l’idée d’adultes « capables de travailler mais [vivant] aux dépens de leurs parents ». Ainsi, la traduction de « 啃老族» par « “tanguy” » épargne au locuteur la peine de longues explications dans la forme traduite en français.</p>
</sec>
<sec id="sec003-3">
<title><italic>3.3. Traduction à l’aide de la langue tierce (TAALT)</italic>　</title>
<p>En complément de la traduction littérale et de la traduction libre, l’étude du corpus montre que les traducteurs recourent également à la langue tiercée pour traduire les termes de la catégorie des N.C.V.S.C. Pour rappel, dans cette méthode, le texte traduit est constitué partiellement ou totalement par des mots n’appartenant ni au français, ni au chinois. Malgré une utilisation moins fréquente en comparaison des deux méthodes de traduction précédemment mentionnées, l’usage de la langue tierce dans la traduction offre une direction de recherche relativement nouvelle.</p>
<p>Dans une grande mesure, c’est grâce à l’influence commune de certaines langues étrangères, tant sur les locuteurs chinois que français, qu’il est possible d’utiliser cette méthode. Ainsi, dans le domaine de la vie sociale et culturelle, certains néologismes de la langue chinoise sont eux-mêmes la traduction de mots étrangers, servant à dénoter des concepts d’émergence récente. De manière identique, dans la langue française, on peut noter l’emprunt de mots étrangers pour atteindre le même objectif. Dans ces deux cas, la traduction à l’aide de la langue tierce nous semble constituer une bonne solution.</p>
<p>L’étude du corpus révèle que deux langues principalement offrent la possibilité de la traduction tierce : l’anglais et le japonais. L’anglais, soutenu par le poids des cultures britannique et américaine dans le monde, exerce sans aucun doute une influence tant sur les locuteurs chinois que français. En ce qui concerne la langue japonaise, celle-ci a trouvé ces dernières années de nouveaux modes de diffusion, à travers internet et la culture manga. En outre, l’affinité entre les langues chinoise et japonaise explique également pour partie l’augmentation des N.C.V.S.C. provenant du japonais. Étant donné que les langues anglaise et française disposent d’une écriture alphabétique et partagent le même alphabet, le mot anglais conserve souvent sa forme originale dans la langue française. Par exemple, le néologisme « 混搭 », signifiant « combinaison de styles différents », trouvera, en français un équivalent dans l’expression anglaise « mix and match », sans devoir recourir à la traduction de ces termes en français. Au contraire, lorsqu’il s’agit de traduire en français un néologisme d’origine japonaise, la forme japonaise d’origine ne pourra être utilisée, car l’écriture japonaise usuelle et celle du français présentent des différences formelles trop importantes. Dans ce cas, la traduction fait alors plutôt appel à la forme « Romaji », type d’écriture japonaise utilisant les lettres de l’alphabet latin et souvent utilisé pour indiquer aux locuteurs non-natifs la prononciation des mots japonais. Par exemple, le néologisme « 宅男 » pourra être traduit par le terme « otaku », dont la forme latine sera plus accessible aux locuteurs de langue française.</p>
</sec>
<sec id="sec003-4">
<title><italic>3.4. Translittération</italic>　</title>
<p>La translittération, méthode de traduction souvent utilisée dans la traduction des noms de personnes ou de lieux, s’emploie également pour traduire les termes relevant de la vie sociale et culturelle. La reproduction d’un néologisme chinois appartenant à la catégorie des N.C.V.S.C. utilisera alors l’alphabet latin.</p>
<p>Auparavant, à défaut de disposer dans la langue chinoise d’un système phonétique constitué de lettres latines, le texte de translittération correspondait à une interprétation de la prononciation du mot chinois selon les règles de prononciation française. Sur cette base, certains mots, comme les noms des lieux « Canton » et « Pékin », ont pu entrer dans le lexique français. Cependant, la langue chinoise possède désormais un système phonétique constitué de lettres latines. Ce système, intitulé « pinyin », permet de transcrire l’ensemble des « phonèmes des caractères chinois ». En ce qui concerne les néologismes relevant des N.C.V.S.C., il est donc désormais possible d’utiliser le « pinyin » afin de proposer leur traduction sous forme de translittération. Considérons par exemple le cas du néologisme « 土豪 ». Ce mot, ancien, s’est au fil du temps enrichi d’un nouveau sens, celui de « riche ostentatoire avec une habitude de consommation irrationnelle », et sa traduction proposée sous forme de translittération est « tuhao ». Cependant, comme le montre cet exemple, la translittération ne permet pas au locuteur d’une langue d’origine latine de connaître sa signification. On peut alors s’interroger sur les raisons du recours à la translittération dans la traduction de néologismes de la catégorie N.C.V.S.C.</p>
<p>Pour tenter de répondre à cette question, notons au préalable que la plupart des néologismes chinois traduits en français par translittération sont également traduits sous forme libre ou littérale. Si la translittération revêt un intérêt spécifique, c’est parce que certaines informations ou significations des N.C.V.S.C. ne sont pas communicables à travers les traductions libre ou littérale. Par exemple, la traduction libre du néologisme « 大妈 » est « femme d’âge moyen » ou « tantine ». Cependant, dans l’utilisation actuelle de leur langue, les Chinois n’appellent pas une femme élégante d’âge moyen « 大妈 », parce qu’un sens sous-jacent moins respectueux est contenu dans cette appellation. Par ailleurs, bien qu’on puisse penser qu’un texte « long » offre une meilleure compréhension qu’un texte « court », la longueur de la traduction implique quand même le risque d’alourdir la phrase dans laquelle elle s’insère.</p>
<p>Si, à l’instar de la TAALT, la fréquence d’utilisation de la translittération est nettement moins élevée que celles de la traduction littérale et de la traduction libre, cette méthode offre l’avantage d’inciter les étrangers à s’interroger sur la signification des termes traduits et à mieux connaître ainsi la culture et la langue chinoises.</p>
</sec>
</sec>
<sec id="sec004">
<title>4. Acceptabilité de la traduction du N.C.V.S.C. en français</title>
<p>Afin d’observer l’acceptabilité de la traduction du N.C.V.S.C. chez les locuteurs natifs de langue française, nous avons mené une enquête permettant d’évaluer les quatre méthodes de traduction discutées dans la première partie.</p>
<p>Notre enquête a été déployée sur internet à travers un questionnaire électronique mis en ligne sur le site Wenjuanxing.<xref ref-type="fn" rid="fb006"><sup>6)</sup></xref> Le questionnaire que nous avons proposé se composait de deux parties, afin de déterminer les informations personnelles des personnes interrogées (partie 1), et de recueillir leur avis sur la traduction des 12 néologismes chinois extraits du corpus (partie 2). Dans la partie relative aux informations personnelles, au-delà des informations de base telles que l’âge et le sexe, nous avons également invité les individus questionnés à préciser leur niveau de maîtrise de la langue chinoise, en particulier au regard du test HSK,<xref ref-type="fn" rid="fb007"><sup>7)</sup></xref> ainsi que la durée totale cumulée de leurs séjours en Chine. En effet, de tels facteurs sont susceptibles d’influencer la compréhension et le jugement porté sur la traduction. Dans la deuxième partie de l’enquête, en vue de comparer les quatre méthodes de traduction précitées, nous avons proposé aux participants d’évaluer la traduction de trois néologismes pour chaque méthode. Pour chacun des 12 néologismes du questionnaire, nous avons proposé une traduction et une explication succinctes, en une phrase, en vue d’évaluer l’acceptabilité de la traduction proposée sur trois plans : global, syntaxique et lexical. Plus précisément, le questionnaire a permis d’évaluer les critères d’acceptabilité suivants : la pertinence globale de la traduction du néologisme en une phrase (acceptabilité globale), son accord avec le reste de la phrase du point de vue grammatical (acceptabilité syntaxique), et enfin, sa correspondance avec le sens indiqué dans l’explication (acceptabilité lexicale). En ce qui concerne les réponses au questionnaire, nous avons, à partir du système de Lickert, opté pour un système de choix fermé comportant cinq réponses possibles pour chaque question : « absolument pas d’accord », « pas d’accord », « neutre », « d’accord » et « tout à fait d’accord », et nous avons attribué une valeur chiffrée, de 0 à 4, à chacune des cinq options, la valeur 0 correspondant au choix de l’option « absolument pas d’accord », la valeur 1 correspondant au choix de l’option « pas d’accord », etc. En plus de l’évaluation par choix contraint, nous avons donné la possibilité aux personnes interrogées de rédiger un avis qualitatif sur la traduction proposée.</p>
<p>L’enquête s’est déroulée du 26 janvier au 18 février 2018, soit sur un peu plus de trois semaines. À titre de phase préliminaire, les trois premiers jours de l’enquête, du 26 au 28 janvier, ont eu pour objectif d’optimiser la rédaction du questionnaire établi. En effet, l’analyse des premières réponses recueillies a permis d’améliorer sensiblement le questionnaire, d’une part en incluant la possibilité d’une évaluation qualitative pour le néologisme « 慢生活», d’autre part en plaçant les questions relatives au niveau de chinois à la fin du questionnaire afin d’éviter un biais d’interprétation relatif au niveau de langue requis. En effet, dans le cas où les questions relatives au niveau de langue aient été placées avant la fin du questionnaire, les personnes interrogées auraient pu croire qu’un certain niveau de compétence en chinois était obligatoire pour répondre au questionnaire.</p>
<p>À l’issue de la phase de test préliminaire, nous avons mis en ligne la formule modifiée du questionnaire, accessible sur une période de trois semaines, du 29 janvier au 18 février. Nous avons reçu au total 21 réponses valides, renseignées par des locuteurs natifs de langue française. Les résultats incluent respectivement 9 personnes ne parlant pas du tout le chinois, 6 personnes disposant d’un niveau de chinois élémentaire, 4 personnes disposant d’un niveau intermédiaire, et enfin, une personne d’un niveau avancé et une personne n’ayant pas précisé son niveau de chinois. En comparant les scores moyens d’acceptabilité globale de la traduction en fonction du niveau de compétence linguistique des personnes interrogées, nous avons constaté que, dans l’enquête menée, le niveau de chinois a relativement peu d’influence sur l’acceptabilité de la traduction. En effet, en moyenne, la différence entre le score d’acceptabilité pour un niveau linguistique donné et le score d’acceptabilité global est faible (l’écart relevé étant respectivement de 0,10, 0,18, et 0,19 points pour les niveaux 1, 2 et 3). La différence d’acceptabilité la plus grande correspond aux locuteurs disposant d’un niveau de chinois avancé (avec une différence moyenne de 0,82 par rapport au score moyen global). Cependant, le niveau de chinois avancé ne correspondant qu’à une seule réponse dans l’enquête, la différence trouvée ne peut être considérée comme représentative ni suffire à démontrer que les traductions sont, en moyenne, moins acceptables chez les locuteurs natifs de langue française disposant d’un niveau de chinois avancé.</p>
<sec id="sec004-1">
<title><italic>4.1. Acceptabilité globale</italic>　</title>
<p>Dans l’enquête menée, l’acceptabilité globale de la traduction correspond à la pertinence globale de la traduction dans la phrase, du point de vue des personnes interrogées.</p>
<p>Les scores moyens d’acceptabilité globale de la traduction proposée sont respectivement, par ordre d’acceptabilité décroissante : de 3,14 pour la traduction littérale, de 2,38 pour la traduction libre, de 2,24 pour la traduction TAALT et de 1,70 pour la translittération.</p>
<p>Parmi les trois néologismes traduits selon la première méthode (traduction littérale), l’expression « 广场舞 », traduite par « danse sur les places publiques », correspond à la meilleure note d’acceptabilité globale (3,48). Ainsi, au total, 20 sondés sur 21 sont « d’accord » ou « tout à fait d’accord » avec la traduction proposée en ce qui concerne sa pertinence globale dans la phrase. L’étude des avis qualitatifs montre qu’une des personnes interrogées pense que la traduction du néologisme « 海外代购» par « acheter des produits à l’étranger par un intermédiaire» paraît longue dans la phrase, ce qui pourrait expliquer pourquoi cette traduction a obtenu un score moins élevé (3,33) que celle du néologisme « 广场舞 ». Par ailleurs, la traduction par « circuits ‘‘rouges’’ » avec l’utilisation de guillemets pour le mot « rouge » est moins acceptable sur le plan global que la traduction par l’expression « acheter des produits à l’étranger par un intermédiaire », mais sa note d’acceptabilité globale (2,62) est cependant relativement élevée par rapport aux scores d’acceptabilité globale obtenus selon les autres méthodes.</p>
<p>Dans la deuxième méthode (traduction libre), la meilleure note d’acceptabilité globale (3,19) est obtenue pour le néologisme « 房奴». Les deux autres néologismes traduits selon cette méthode ont obtenu respectivement 2,14 points et 1,81 point, soit des niveaux de notation relativement proches de ceux de la traduction à l’aide d’une langue tierce. Concernant ces deux néologismes, les personnes interrogées font principalement mention de questions d’ordre lexical, ce qui pourrait expliquer leur note globale, relativement faible. Cet effet est particulièrement manifeste en ce qui concerne l’expression « trou d’araignée », pour laquelle la note d’acceptabilité globale est de 1,81 point. Quatre des personnes interrogées ont indiqué qu’elles n’avaient aucune connaissance de cette expression et deux d’entre elles pensent qu’elle est « peu utilisée » en français.</p>
<p>Concernant les trois néologismes traduits selon la troisième méthode (TAALT), nous avions choisi de proposer dans le questionnaire un néologisme traduit en anglais et deux néologismes traduits en japonais. Si la traduction du néologisme « 慢生活 » à l’aide de l’anglais a recueilli un score global de 2,24 points (conforme au score moyen d’acceptabilité globale pour cette méthode), les avis varient grandement concernant la qualité de la traduction TAALT de ce néologisme. Deux des personnes interrogées ont indiqué que l’on n’utilisait pas l’expression anglaise « slow life » en français, et quatre personnes ont suggéré des traductions à l’aide de formules équivalentes en français : « un train de vie lent », « vivre doucement », « une vie calme » et « une vie sereine et calme ». Seul un locuteur, français s’est déclaré « tout à fait d’accord » avec la traduction proposée, du point de vue de son acceptabilité globale, en indiquant en commentaire que « les Français aiment bien les anglicismes ». S’agissant des deux néologismes traduits en japonais, la traduction du mot « 宅男 » par « otaku » a obtenu un score de 2,86, meilleur que la note de 1,62 donnée à la traduction du néologisme « 过劳死 » par « karoshi ». En commentaire, le mot « otaku » a été décrit par l’une des personnes ayant répondu au questionnaire comme un « terme qui se popularise en France, comme le mot "geek". Tout à fait compréhensible par un jeune, moins par les aînés ». Il apparaît donc probable que la popularité du mot « otaku » influence son niveau d’acceptabilité globale chez les locuteurs français.</p>
<p>Aucun des trois néologismes traduits de façon translittérale (quatrième méthode) n’a permis d’atteindre un niveau d’acceptabilité globale d'au moins 2 points. Le manque de sens de la traduction translittérale empêche probablement la compréhension de toute phrase. Cependant, il est à noter que, du point de vue de l’acceptabilité globale des traductions translittérales, les scores obtenus sont inversement proportionnels à la longueur de l’expression utilisée pour la traduction. Ainsi, la traduction « dama » a obtenu une note de 1,95 en moyenne, contre 1,76 pour « dingzihu » et 1,28 pour « renrou sousuo ».</p>
</sec>
<sec id="sec004-2">
<title><italic>4.2. Acceptabilité syntaxique</italic>　</title>
<p>Dans notre étude, l’acceptabilité syntaxique, correspond, pour les personnes interrogées, à la cohérence entre la traduction proposée et le reste de la phrase, du point de vue grammatical.</p>
<p>Selon les données recueillies, les scores de mesure de l’acceptabilité syntaxique sont respectivement de 3,16 pour la traduction littérale, de 3,08 pour la traduction libre, de 2,44 pour la traduction TAALT et de 2,02 pour la translittération.</p>
<p>Il peut donc être noté que le classement relatif des quatre méthodes de traduction, par ordre de performance décroissant, est identique du point de vue de leur acceptabilité globale et de leur acceptabilité syntaxique. Par ailleurs, pour les quatre méthodes, l’acceptabilité syntaxique obtenue est, en moyenne, supérieure à l’acceptabilité globale. De plus, dans toutes les méthodes de traduction à l’exception de la traduction littérale, l’acceptabilité syntaxique est, en moyenne, supérieure à l’acceptabilité lexicale.</p>
<p>En ce qui concerne la traduction littérale, les traductions proposées pour les expressions « 广场舞 » et « 海外代购» offrent le score d’acceptabilité syntaxique le plus élevé (3,43). Cependant, certains des commentaires recueillis recommandent d’améliorer le degré de cohérence syntaxique de l’expression traduite avec le reste de la phrase. Pour la traduction de « 广场舞» par « danse sur les places publiques », trois commentaires proposent de transformer cette expression substantive en expression verbale. Ainsi réécrite, la phrase pourrait être : « Danser sur les places publiques est devenu une distraction importante pour les personnes âgées en Chine. » De même, pour améliorer la traduction initialement proposée du néologisme « 海外代购 » par « acheter des produits à l’étranger par un intermédiaire », l’une des personnes interrogées a proposé l’expression « acheter des produits à l’étranger via un intermédiaire » ou « faire acheter des produits à l’étranger par un intermédiaire ».</p>
<p>En ce qui concerne la traduction libre, l’acceptabilité syntaxique du néologisme « 房奴» (3,00) est légèrement inférieure à son acceptabilité globale (3,19). Du point de vue syntaxique, les insuffisances relevées dans la traduction tiennent principalement à la formulation de la traduction proposée : « individus surendettés à cause du logement ». D’après un commentaire, les termes « surendetté » et « logement » ne s’accordent pas et un autre commentaire propose la traduction « à cause de leur logement » en remplacement de « à cause du logement ».</p>
<p>Dans la méthode TAALT, l’expression « slow life » n’obtient que 1,66 point, ce qui correspond au score d’acceptabilité syntaxique le plus faible parmi les trois néologismes traduits selon cette méthode. Il est probable que, pour les locuteurs français, cette expression, utilisant des termes anglais, ne puisse pas s’accorder aussi bien que ne le font les mots japonais « otaku » et « karoshi » avec le reste de la phrase en français du point de vue grammatical. D’ailleurs, deux des personnes interrogées ont conseillé en commentaires d’écrire la phrase sous la forme suivante : « La slow life est bonne pour notre santé. », en accordant le mot « life » sur le modèle du mot « vie », de genre féminin en français.</p>
<p>En ce qui concerne la méthode translittérale, la traduction du néologisme « 大妈 » a suscité un commentaire similaire. Étant donné son sens, certaines des personnes interrogées conseillent en effet de le considérer comme un nom féminin « puisque l’on parle de femme », indique l’un des commentaires, et de le mettre au pluriel quand un accord en nombre est nécessaire. Ainsi, la phrase pourrait être transformée comme suit : « Les damas chinoises aiment bien danser en groupe sur les places publiques. » Finalement, les traductions « dama » et « dingzihu » ont obtenu, de manière identique, un score de 2,38 points, offrant donc une acceptabilité syntaxique plus élevée que l’expression « slow life ». Cependant, « renrou sousuo », a obtenu le score d’acceptabilité syntaxique le plus bas des douze néologismes proposés (1,38).</p>
</sec>
<sec id="sec004-3">
<title><italic>4.3 Acceptabilité lexicale</italic>　</title>
<p>Sur le plan de l’acceptabilité lexicale, la traduction littérale offre, en moyenne, un score plus élevé (3,24) que les autres méthodes. A contrario, la translittération correspond au niveau d’acceptabilité lexicale le plus faible (1,65). Les deux autres méthodes, la traduction libre et à la méthode TAALT, ont respectivement obtenu 2,44 points et 2,33 points dans l’enquête, à des niveaux intermédiaires dans le classement des quatre méthodes du point de vue lexical.</p>
<p>En ce qui concerne la traduction translittérale, le niveau d’acceptabilité lexicale le plus élevé a été obtenu pour la traduction du néologisme « 广场舞 » (3,57) de même que ce néologisme a obtenu les meilleurs niveaux d’acceptabilité globale, syntaxique et littérale du questionnaire. Cependant, pour ce néologisme, l’une des personnes interrogées a proposé la traduction libre : « danse publique collective ». Par ailleurs, concernant le néologisme « 海外代购 », 19 des individus interrogés sur 21 pensent que la traduction translittérale proposée correspond bien au sens souhaité en français. Toutefois, selon l’un d’entre eux : « L’intermédiaire est un terme très général. S’il s’agit spécifiquement d’un voyageur, alors il faut […] préciser ‘‘acheter des produits à l’étranger par l’intermédiaire d’un porteur’’ ou ‘‘d’un voyageur’’ ». Enfin, en ce qui concerne le néologisme « 红色旅游路线 » traduit par « circuits ‘‘rouges’’ », un commentaire indique : « On comprend rapidement de quoi il s’agit, et c’est la meilleure formulation possible car on ne peut pas parler de “circuits Mao’’ par exemple. » Cette traduction obtient néanmoins une note moins élevée que les deux autres traductions du point de vue lexical. La raison de cette faible acceptabilité lexicale tient probablement à l’incompréhension par certains locuteurs de la notion culturelle que le mot « rouge » tente de traduire en français. En effet, les locuteurs français ne disposent pas toujours d’une connaissance suffisante de la culture chinoise. Selon Marianne Lederer (1994 : 155-156), « pour le non-initié, la difficulté de compréhension d’un texte croît au fur et à mesure que croît son degré d’implication », et surtout « l’acceptabilité d’une traduction en langue B dépend en grande mesure du degré de connaissance de son destinataire. »</p>
<p>S’agissant de la traduction libre, les principaux problèmes de traduction concernent majoritairement les néologismes « 蜗居 » et « 留守儿童 ». Ainsi, deux des personnes interrogées, de nationalité française et deux autres, de nationalité belge, ont indiqué en commentaire que l’expression « trou d’araignée » n’existait pas en français. De plus, dans l’enquête, certains locuteurs ont évalué cette métaphore comme n’étant pas pertinente, l’un des commentaires fournissant l’explication suivante : « Une araignée a sur sa toile toute la place dont elle a besoin pour se mouvoir et évoluer, elle refait sa toile chaque jour. » Les traductions suivantes ont été proposées à titre alternatif : « trou à rat », « cage à lapin », « clapier » ou « cagibi ».</p>
<p>En ce qui concerne la traduction du néologisme « 留守儿童 » par « enfants des migrants », l’avis prédominant est que le mot « migrant » fait souvent référence en français aux étrangers en situation d’migration sans que les phénomènes migratoires soient comparables en Europe et en Chine. De plus, pour l’une des personnes ayant répondu au questionnaire, cette expression est « assez péjorative pour cette situation » et n’exprime pas le sens de « séparation », contenu dans le néologisme en langue chinoise. Ainsi, une autre traduction a pu être proposée : « enfants de travailleurs éloignés ». On le voit, les différences sociales et culturelles entre pays aboutissent à des connotations différentes des mots dans chaque langue. Concernant le choix des mots pour la traduction, un commentaire indique : « Il faut tenir compte du contexte culturel des locuteurs de la langue d’arrivée pour éviter des malentendus provenant de la traduction. »</p>
<p>S’agissant de la méthode TAALT, pour chacun des trois néologismes à l’étude, une partie des personnes interrogées ne connaissaient pas l’expression proposée en traduction. Si le mot « otaku » a obtenu la note la plus élevée sur le plan de l’acceptabilité lexicale, l’expression « slow life » revêt une acceptabilité lexicale supérieure à celle du mot « karoshi ». Ces notes reflètent probablement une certaine connaissance chez les locuteurs interrogés, celle-ci influençant leurs notes lexicales. Pour ce néologisme, les personnes ayant répondu au questionnaire proposent de nombreuses traductions alternatives dans les commentaires : ainsi, « slow life » pourrait être remplacé par « un train de vie lent », « vivre doucement », « une vie sereine et calme » ou simplement, des guillemets pourraient être ajoutés à l’expression « slow life » utilisée en français. De même, « karoshi » est parfois traduit dans les commentaires par « mort par surmenage », « mort par épuisement professionnel » ou par l’emprunt à l’anglais « burnout ». Enfin, le mot anglais « geek » est proposé en remplacement du mot « otaku ».</p>
<p>En comparaison des autres méthodes, les traductions par translittération, les moins performantes globalement, obtiennent également le score d’acceptabilité lexicale le plus faible (1,65 en moyenne). Un nombre considérable des personnes interrogées trouvent le néologisme « renrou sousuo » incompréhensible (évaluant son acceptabilité lexicale à 1,34), même accompagné de l’explication proposée dans le questionnaire. Les traductions « dama » et de « dingzihu » sont respectivement évaluées à 1,87 et 1,76, scores légèrement plus élevés que celui obtenu pour « renrou sousuo ». Pour ce néologisme, les substitutions proposées sont : « mamie » pour « dama », et « les ménages qui refusent de déménager » pour « dingzihu ».</p>
</sec>
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<sec id="sec005" sec-type="conclusions">
<title>5. Conclusion</title>
<p>Véritable matérialisation linguistique de nouveaux concepts, les néologismes chinois de la vie sociale et culturelle témoignent de l’évolution de la société chinoise contemporaine. Concernant la diffusion de cette typologie de néologismes dans le monde francophone, quatre méthodes de traduction ont été comparées : la traduction littérale, la traduction libre, la traduction à l’aide de la langue tierce et la translittération. En vue du choix d’une méthode de traduction, il apparait que de nombreux facteurs doivent être pris en considération : le degré de correspondance entre le sens littéral et le sens sémantique du néologisme, sa popularité internationale, la connotation commune éventuelle dans les langues chinoise et française, l’existence ou non d’un équivalent dans la langue d’arrivée, la limite de traductibilité du terme d’origine, etc.</p>
<p>L’acceptabilité de la traduction par les locuteurs de la langue d’arrivée constitue un autre enjeu de la présente recherche. Selon les résultats de notre enquête, à laquelle 21 locuteurs natifs de langue française ont pris part, les quatre méthodes de traduction n’offrent pas les mêmes niveaux d’acceptabilité.</p>
<p>De façon générale, l’étude menée montre que la traduction littérale est la méthode qui offre les niveaux d’acceptabilité globale, syntaxique et lexicale les plus élevés, suivie, dans l’ordre décroissant, par la traduction libre, la traduction à l’aide de la langue tierce et la translittération. Par ailleurs, l’enquête montre que la capacité de compréhension de la traduction par le locuteur exerce une grande influence sur l’acceptabilité de la traduction en général. Cette indication témoigne également de la nécessité de connaissances linguistiques et extralinguistiques pour rendre la traduction plus accessible du point de vue des récepteurs.</p>
<p>Sur la base du corpus étudié, il semble possible d’avancer quelques conseils en vue d’améliorer la traduction des néologismes chinois en français et la communication des concepts chinois au monde de la francophonie. Premièrement, ils’avère souhaitable de tenir compte de la longueur de la traduction de façon à ne pas alourdir les phrases. Deuxièmement, au regard des singularités du français du point de vue grammatical, il semble préférable de prendre en compte le genre et le nombre dans la traduction proposée. Troisièmement, dans le cas des traductions par emprunt de mots étrangers, une traduction optionnelle en français, pourrait faciliter la compréhension des communautés de locuteurs appartenant à différentes tranches d’âges.</p>
<p>Enfin, rappelons que la traduction du néologisme est une problématique si vaste qu’une seule étude ne peut prétendre la traiter de manière exhaustive. Ainsi, certaines questions, telles que le choix des méthodes de traduction adaptées pour les néologismes relevant de catégories autres que celle de la vie sociale et culturelle, ainsi que leur degré d’acceptabilité pour les locuteurs natifs de langue française, restent à élucider. Ces points constituent autant d’approfondissements potentiels, susceptibles d’enrichir la présente étude et d’en affiner le propos.</p>
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<fn id="fb001"><label>1)</label><p> Ce travail est mené dans le cadre du projet de la réforme de l’enseignement supérieur du Bureau de l’Edu-cation du Guangdong 2018-180 (广东省高等教育教学改革项目).</p></fn>
<fn id="fb002"><label>2)</label><p> Rapport de la Situation de la langue en Chine (Zhongguo yuyan shenghuo zhuangkuang baogao): <uri>http://www.moe.edu.cn/s78/A19/yxs_left/moe_813/s237/,consult&#x00E9;_le_9_f&#x00E9;vrier_2018</uri>.</p></fn>
<fn id="fb003"><label>3)</label><p> <uri>http://french.china.org.cn/china/archives/china_key_words/,_consult&#x00E9;_le_9_f&#x00E9;vrier_2018</uri>.</p></fn>
<fn id="fb004"><label>4)</label><p> <uri>http://french.china.org.cn/china/archives/china_key_words/node_7216154.htm, consulté le 9 février 2018</uri>.</p></fn>
<fn id="fb005"><label>5)</label><p> Huang (Jianhua), 2015, Grand dictionnaire chinois–français contemporain, Beijing: Foreign Language Teaching and Research Press, 2015, consulté le 8 février 2018 sur l’application officiel, Grand dictionnaire électronique français-chinois et chinois-français de FLTRP.</p></fn>
<fn id="fb006"><label>6)</label><p> Un site chinois destiné à concevoir et effectuer des enquêtes électroniques : <uri>https://www.wjx.cn/</uri></p></fn>
<fn id="fb007"><label>7)</label><p> Nouveau Test d'Evaluation de Chinois, examen standardisé de compétence linguistique chinoise, ayant comme priorité l'évaluation de la capacité de communication dans la vie quotidienne, dans les études et dans le travail des candidats ayant une autre langue maternelle que le chinois. <uri>http://www.chinesetest.cn/gosign.do?id=1&#x26;lid=0</uri></p></fn>
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	<p>Wei Deng is a doctor in translation and teacher of the French Department of the Guangdong University of Foreign Studies since 2013. Her research concerns translation and interpretation.</p>
	<p><italic>E-mail address</italic>: <email>wdeng@gdufs.edu.cn</email></p>
	<p>Xiaowen Wu is an undergraduate student of the French Department of the Guangdong University of Foreign Studies.</p>
	<p><italic>E-mail address</italic>: <email>1308146787@qq.com</email></p>
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